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Loi Duplomb : le grand retour des pesticides controversés

écrit par Manon

15 juillet 2025

    Environnement

Le 8 juillet 2025, l’Assemblée nationale a adopté la controversée loi Duplomb. Officiellement destinée à « simplifier » les normes et « soutenir les agriculteurs », elle autorise pourtant le retour de pesticides néonicotinoïdes interdits depuis 2018 pour leur dangerosité, suscite une vague d’indignation scientifique et illustre de façon aiguë le pouvoir des lobbies.

À travers cette loi, c’est une certaine vision de l’agriculture — intensive, chimique, encadrée par de puissants lobbies — qui se voit consolidée, au détriment des alternatives agroécologiques et de la santé publique.

La loi Duplomb : un retour en arrière environnemental ?

Que contient la loi ?

La loi dite « Duplomb » a été votée avec 316 voix pour, 223 contre.

Elle comprend plusieurs dispositions polémiques :

  • Réintroduction par décret de pesticides interdits, dont l’acétamipride, suspecté de nuire aux pollinisateurs, à la faune des sols et à la santé humaine.
  • Changement de gouvernance de l’Office français de la biodiversité (OFB), désormais placé sous la double tutelle du préfet local et du ministère de l’Agriculture, ce qui soulève de sérieux doutes sur son indépendance.
  • Assouplissement des procédures environnementales, notamment pour les projets agricoles industriels : mégabassines, élevages intensifs, infrastructures lourdes ; tout en allégeant les études d’impact environnemental.

Ce que cela change concrètement : en affaiblissant le rôle des experts environnementaux et en facilitant le retour de substances interdites, le texte compromet les objectifs de réduction de pesticides fixés par les plans Écophyto, en stagnation depuis plus de 10 ans.

Ces choix politiques sont présentés comme des solutions face à la "souffrance agricole". Mais nombre d’observateurs, de scientifiques et d’ONG y voient surtout un signal clair : les intérêts de l’agrochimie prévalent sur la transition agroécologique et la protection de la santé publique.

L’ex-ministre de l’Écologie Delphine Batho a qualifié cette loi de « texte dicté par l’agrochimie » et de « renoncement majeur face à la crise écologique ».

🔗 Source : Vert.eco

Le retour des néonicotinoïdes : une bombe à retardement

La loi Duplomb marque un tournant en permettant le retour de pesticides interdits, dont plusieurs appartenant à la famille des néonicotinoïdes. Connus pour leur action neurotoxique sur les insectes, ces pesticides dits "systémiques" se diffusent dans toute la plante et persistent dans l’environnement. Leur impact sur la biodiversité et la santé humaine est loin d’être anecdotique. Pesticide-duplomb.jpg

Trois molécules très controversées

Une contamination généralisée de l’environnement

Les chiffres sont préoccupants :

  • Selon l’Anses, 96 % des urines analysées chez les Français contiennent des résidus d’acétamipride, preuve d’une exposition diffuse.
  • D’après l’IFEN, 85 % des eaux de surface en France sont polluées par au moins un pesticide.
  • Chez les pollinisateurs, les effets sont dramatiques : espérance de vie des abeilles réduite de 50 %, troubles d’orientation, baisse de la fertilité… Or, 70 % des cultures dépendent directement de leur activité. Pour en savoir plus, c’est par ici !

Ces pesticides s’infiltrent dans les sols, les nappes phréatiques, s’accumulent dans les chaînes alimentaires, affectant toute la faune et menaçant des équilibres écologiques déjà fragiles.

Un risque pour la santé humaine

Au-delà de la biodiversité, l’impact des néonicotinoïdes sur la santé humaine est de mieux en mieux documenté. Le rapport de l’INSERM (2021) a mis en évidence un lien entre exposition chronique aux pesticides et :

Ces risques ne concernent pas uniquement les agriculteurs. Le consommateur, via l’alimentation ou l’eau, reste exposé. Et pourtant, le plan Écophyto, censé réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici 2030, est au point mort : entre 2020 et 2023, leur usage a même augmenté de 14 %.

Pesticide-duplomb-3.jpg

Un débat parasité par le lobbying agrochimique

Le film Goliath (2022) avait déjà mis en lumière, à travers une fiction documentée, les stratégies d’influence des géants de l’agrochimie auprès des décideurs publics. En France comme au niveau européen, des scandales tels que les Monsanto Papers ont montré comment certaines firmes influencent les avis scientifiques, financent des études biaisées ou exercent une pression directe sur les élus et les institutions.

Dans le cas de la loi Duplomb, plusieurs journalistes — notamment du Monde ou de Vert — ont relevé les liens étroits entre les acteurs de l’industrie chimique et certains responsables politiques. L’ancienne ministre de l’Écologie Delphine Batho a même dénoncé un texte "dicté par les lobbies", sans véritable concertation ni débat scientifique approfondi. Pesticide-duplomb-5.jpg

Ce que défendent les partisans de la loi Duplomb

Si cette loi soulève une vive opposition écologique, ses soutiens — majoritairement issus du monde agricole et de la majorité parlementaire — défendent une nécessité de “pragmatisme” face à la crise que traverse l’agriculture française.

  • Moins de paperasse, plus d’efficacité :

Les agriculteurs dénoncent depuis des années une surcharge réglementaire et administrative, qui freine leur activité. Accumulation de normes, contrôles jugés tatillons, délais interminables… Beaucoup voient dans la loi un soulagement bienvenu, qui simplifie certaines procédures (autorisations, études d’impact, renouvellement d’agréments).

  • Des outils en cas d’urgence agricole :

Les dérogations encadrées pour certains pesticides sont présentées comme des "solutions de dernier recours" en cas de menace sanitaire sur les cultures (ex. ravageurs invasifs, maladies fongiques). Pour certains syndicats agricoles, ne pas les prévoir reviendrait à abandonner les agriculteurs à leur sort.

  • Une volonté de répondre à une souffrance réelle :

Surendettement, isolement, pressions économiques : le mal-être paysan est une réalité, marquée par un taux de suicide bien supérieur à la moyenne. Pour ses promoteurs, la loi Duplomb vise à alléger la charge mentale et structurelle qui pèse sur les exploitants.

Reste que cette volonté de soulager les agriculteurs se heurte à une question de fond : peut-on soutenir le monde agricole sans affaiblir la transition écologique ? Pour nombre d’observateurs, c’est précisément le défi que la loi Duplomb échoue à relever.

Agroécologie et Bio : des alternatives crédibles mais fragiles

Face à ce retour en arrière, l’agroécologie apparaît comme une voie de sortie prometteuse. Elle repose sur la diversification des cultures, la réduction des intrants chimiques, la protection des sols vivants et le retour à des cycles agricoles plus naturels. L’INRAE estime qu’il est possible de réduire de 50 % l’usage de pesticides tout en maintenant des niveaux de rendement satisfaisants, à condition d’accompagner les transitions. Pesticide-duplomb-6.jpg

Mais ces modèles souffrent d’un manque cruel de soutien. L’agriculture biologique, qui couvre aujourd’hui environ 10 % des surfaces agricoles françaises, est elle-même en difficulté.

En 2024, le secteur a connu une baisse de 9 % des exploitations et plus de 1 200 exploitations ont abandonné le label, découragées par des prix d’achat trop bas, une demande instable et une politique publique de plus en plus floue. Si les consommateurs restent globalement favorables au bio, l’absence d’aides cohérentes rend la filière fragile.

Il faut aussi éviter l’angélisme : certaines productions bio restent intensives, notamment sous serre, et dépendent encore d’une logistique énergivore. C’est pourquoi l’enjeu n’est pas seulement de "passer au bio", mais de construire des modèles agroécologiques locaux, sobres, et économiquement viables pour les agriculteurs.

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Conclusion : sortir du court-termisme politique

La loi Duplomb illustre une tension profonde entre deux visions de l’agriculture : l’une productiviste, centralisée, chimique, soutenue par des intérêts puissants ; l’autre plus résiliente, vivante, sobre, mais fragile. Répondre à la souffrance paysanne ne peut se faire au détriment de la santé publique et de la biodiversité. Il est temps de construire un pacte agricole fondé sur la transition agroécologique, le soutien aux filières durables, et la réappropriation citoyenne des choix alimentaires.

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